Paris, le 24 avril, 2026
Rexhep Qosja (1936–2026)
Alors que l’annonce de sa disparition n’est intervenue qu’après ses funérailles familiales, l’œuvre de Rezhep Qosja nous rappelle l’exigence d’une parole libre et responsable. Une voix qui a refusé de se taire.

Couverture de treize contes qui peuvent faire un roman.
À travers des textes tels que La mort me vient de ses yeux, il aura incarné une pensée vigilante face aux silences et aux retards du temps public.
La mort me vient de ces yeux-là, est traduit en français par Christian Gut, membre d’honeur de l’Accademi de Kosovo. Publié chez Gallimard, le roman est considéré par Ismail Kadare comme l’une des œuvres majeures de la littérature albanaise.Voila ce qu’on lit à la couverture :”Djezaïr Gjika est écrivain à Vaïazane, une ville du Kossovo, en Yougoslavie. Il vit au sein d’une communauté albanaise, un “peuple interdit” privé de tous ses droits, dont l’existence est ponctuée par le chant des muezzins et surveillée par la police yougoslave. Gjika est interrogé, incarcéré, trahi par Roudina, la femme qu’il aimait. Il sert surtout de prétexte à mettre en scène tout un monde “folklorique” d’artisans, poètes, putains, hommes et femmes de Vaïazane, qui, pour survivre, sont devenus des lâches, des délateurs, voire des salauds. Sur tous ces personnages, Rexhep Qosja jette un regard sans complaisance, ironique, souvent cruel. À tous, même au satanique Danïoll Cherka, il prête cependant figure humaine. La mort me vient de ces yeux-là, bref roman magnifique empruntant à tous les genres littéraires, est, selon Ismaïl Kadaré qui en fait la préface, une des oeuvres maîtresses de la littérature albanaise. Publié en 1974, il prend, à la lumière de l’histoire immédiate de l’ex-Yougoslavie, une dimension visionnaire.”
Dans les débats qui ont traversé la pensée albanaise, notamment entre Rezhep Qosja et Ismail Kadare, la question de l’héritage ottoman et de l’islamisation demeure une ligne de tension. Sans prendre position, certaines lectures rappellent le caractère contraint de cette histoire, du devşirme (prélèvement d’enfants chrétiens destinés à être formés au service de l’Empire ottoman), et soulignent que l’idée d’une adhésion harmonieuse a été, dès l’origine, discutée et contestée, en particulier dans les mouvements de résistance liés à la figure de Skanderbeg.
Enfin, une question demeure, posée avec retenue : que signifiait le choix de ne pas convier, ou d’écarter, les représentants institutionnels des États albanais et des communautés albanaises de Macédoine à ses funérailles ?
La mort me vient de ces yeux-là
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