La déconstruction de l’idée de la correction des frontières entre le Kosovo et la Serbie ou La marche de Šešelj vers Préshevo

…La population albanaise de Presevo sort à la rue pour accueillir les forces spéciales du Kosovo, mais contrairement à leur espoir, elle se heurte à des des partisans de Seselj, qui descendent des bus par dizaines. On ne saura jamais combien d’Albanais ont été tués. Pas de mission d’observation européenne présent ! Avec la perte de sa partie du nord, le Kosovo s’e rétréci comme la peau de chagrin. À Prishtina les denrées alimentaires se font rares, la ville, plongé dans l’obscurité et la poussière…

Klara Buda
Berlin score Rambo 100 Rama 001

Paris, le 12 février 2019

En ce moment précis, la promotion de l’idée de l’unification du Kosovo avec l’Albanie sert d’un appât pour faire passer l’idée de partition du Kosovo et va donc à l’encontre de l’intérêt européen du Kosovo et de l’Albanie, car l’Europe n’est pas promoteur des états nation. Si l’accord de partition du Kosovo (présenté sur les termes de rectification des frontières) était signé, le Kosovo serait recroquevillé comme la peau du chagrin. Elle perdrait le nord d’où proviennent toute ses ressources d’eau et ses richesses minières et n’intègrerait jamais le Presevo* dans ces frontières.

J’ai déjà exprimé ma position concernant les déclarations du Premier Ministre albanais et tout récemment du Président du Kosovo, sur la réunification du Kosovo et de l’Albanie.

Premièrement, l’unification du Kosovo avec l’Albanie, le rêve de tous les Albanais depuis la séparation du Kosovo du territoire albanais, ne pourrait se faire, que lorsque les deux États seraient forts et fonctionnels et lorsqu’il existerait une stratégie à long terme bien conçue et élaborée, qui à l’heure actuelle est tout à fait absente.

Deuxièmement, le Kosovo est défini comme un État multiethnique et non un État albanais. En raison de cette spécificité la constitution du Kosovo ne permet pas à ce pays la réunion avec d’autres pays. Même si la constitution le permettait, le parlement du Kosovo n’aurait jamais la majorité requise pour l’unification du pays avec l’Albanie.

Donc le nouvel État du Kosovo en construction et un État albanais sous la gangrène du crime organisée ne sont pas en mesure de résoudre ses problèmes intérieurs, et encore moins de réaliser l’Unification des deux états, procédure, que comme je viens de le mentionner, demanderait une vraie stratégie étayée par des compétences solides. Il est donc très clair que la réunification du Kosovo et de l’Albanie ne pourrait en aucun cas être à l’ordre du jour maintenant. Pour quelle raison alors est-elle mise en avance ?

Il y a encore moins d’imagination quand on parle de l’intégration de Presevo dans l’état du Kosovo. C’est aussi d’ignorer le fait que M. Seselj et ses partisans ne permettraient jamais la remise pacifique au Kosovo, de, ce territoire, qui faisait partie de la Serbie, lors de démantèlement de l’ex-Yougoslavie.

Cet article, essaie de montrer que les demandes faites par le Président du Kosovo et Premier Ministre albanais pour l’unification du Kosovo avec l’Albanie à ce moment précis quand les problèmes entre le Kosovo et la Serbie ne sont pas encore résolus, plaident en faveur de la division du Kosovo, créant ainsi un précédent de rectification de frontières, ouvrant la vois à la création de la grande Serbie.

En somme l’accord serait le suivant : la Serbie donnerait au moins en partie la vallée de Presevo (peuplée majoritairement d’Albanais), et récupérerait le secteur situé au nord de la ville divisée de Mitrovica, ( Gazidede et Trepçe) où est toujours stationnée une force internationale de maintien de la paix.

Le président du Kosovo en tant que le chef politique de guérilla contre les paramilitaires serbes avait compris les limites d la Résistance Pacifique de Dr. Rugova, et était conscient que sans la pression des armes, il serait difficile de changer les choses, mettant sa propre pierre à l’Independence du Kosovo. Mais voilà que maintenant, il demande tout « naïvement » et croit pouvoir intégrer le Presevo ou Kosovo sans aucune contrepartie !

Par quel biais essaie-t-on d’aveugler l’opinion publique pour l’amener à accepter l’idée serbe de la partition du Kosovo ?

I – La Réunification du Présevo avec Kossovo. Presevo, est une région délaissée par le pouvoir serbe d’où les Albanais ont fui en masse. Il s’agit d’une région dépourvue de ressources naturelles et dont la Serbie le considère de second ordre. Derrière l’idée, de l’intégration du Présevo à l’état du Kosovo, très désirée par la population albanaise, se cachent en réalité de grands dangers. A l’époque de l’ex Yougoslavie cette région faisait partie de la Serbie et non de la province Autonome du Kosovo, donc il s’agit de faire des échanges entre les partis constituants de l’Ex-Yougoslavie. Cela serait un précèdent.

II – Union de l’Albanie avec le Kosovo

Si Mitrovica Nord rejoignait la Serbie, le Kosovo serait amputé de ses ressources naturelles et ne pourrait donc pas survivre économiquement. Pristina, une ville sans fleuve, dépend du lac d’Ujman ( Gazivode pour les serbes) pour son eau et son électricité, le lac est crucial pour l’indépendance énergétique et l’approvisionnement en eau du Kosovo.

Il est pour les trois quarts en territoire kosovar mais dans un secteur majoritairement serbe où Pristina ne parvient pas à imposer sa souveraineté.

Pour ces raisons la scission du nord de pays est donc difficile à être accepté par le public kosovar sans parler des richesses de Trepça. C’est ici qu’intervient la réunification du Kosovo avec l’Albanie, comme un appât :

« Il est vrai que la mine de Trepça et le lac d’Ujman pourront être donné aux serbes, mais la réunion avec l’Albanie donnera au Kosovo une sortie à la mer, ainsi l’ensemble constitué de l’Albanie et de ce qui reste du Kosovo, devient un plus grand pays ainsi capable de survivre !

La question qui se pose est : pourquoi précisément en ce moment la Serbie oublié-t-elle ses accusations concernant la grande Albanie ? Il aurait-il un accord entre Vuçiç et Thaçi ?

En conclusion et aussi paradoxal que cela puisse paraître l’idée de l’Unification de l’Albanie avec le Kosovo, lancé en ce moment, est un appât pour que l’idée de correction des frontières (l’exchange des territoires) soit avalée par l’opinion publique au Kosovo. Comme nous avons expliqué plus haut. L’union du Kosovo avec l’Albanie est loin d’être un projet sérieux ni pour l’Albanie ni pour le Kosovo. Il est donc bien un artifice. Dés fois il sert pour attirer l’attention du public des crises très fréquentes en Albanie et au Kosovo), mais à ce moment précis, il sert simplement pour faire avaler à l’opinion publique la pilule de l’amputation du Nord de Kosovo et la création d’une grande Serbie que personne, ni dans les Balkans et ni en Europe, ne le souhaite.

La Serbie ne pourrait pas recycler cette vielle idée nationaliste sans que cela éveille l’opposition de l’Europe, qui n’a pas d’illusion sur le drame où ce genre d’idée peut amener… serait-il-alors – aussi invraisemblable que cela puisse paraitre – le président du Kosovo, lui-même, qui se porte volontaire?

Une fois l’accord passé rien n’est sure qu’on pourra le mettre en pratique.

Imaginons que l’échange des territoires entre le Kosovo et la Serbie serait décidé. Le Presevo doit être restitué au Kosovo, alors que le Nord commençant à la rivière Iber serait rattaché à la Serbie.

Un peu de fiction géopolitique**

“Vojislav Seselj, dirigeant du parti radical serbe, ensemble avec les représentants fanatiques de l’orthodoxie, ceux des mouvements” Dveri “,” Treca Srbija “, du ” mouvement 1389 “, ainsi que ceux du nouveau mouvement” L’Alliance pour la Serbie “, le jour de rentré en vigueur du dit accord, s’adresse à des milliers de manifestants rassemblés à Belgrade et exige d’eux la désobéissance civile.

Au moment même que Mitrovica du Nord est remis par les autorités Kosovare pacifiquement à la Serbie et l’armée serbe a déjà pris le contrôle du territoire, des centaines de manifestants serbes partis en bus arrivent à la vallée de Presevo pour empêcher qu’elle soit intégrée au Kosovo.

La population albanaise de Presevo sort à la rue pour accueillir les forces spéciales du Kosovo, mais contrairement à leur espoir, elle se heurte à des des partisans de Seselj, qui descendent des bus par dizaines. On ne saura jamais combien d’Albanais ont été tués. Pas de mission d’observation européenne présent ! Avec la perte de sa partie du nord, le Kosovo s’e rétréci comme la peau de chagrin. À Prishtina les denrées alimentaires se font rares, la ville, plongé dans l’obscurité et la poussière. Sans lumière et maintenant sans l’électricité ni l’eau venant d’Ujman, sous la pollution d’Obelić, il devient impossible de vivre. Vetevendosja, tombé elle-même dans le piège de l’idée de l’intégration du Présevo et de la réunification avec l’Albanie, donne l’alarme et proteste à Pristina mais c’est déjà trop tard. ”

Sortons maintenant de la fiction. Il est clair que cet accord serait cause perdue pour les albanais! Ne voulant pas faire un procès d’intention, nous pouvons dire sans nous tromper que le président actuel du Kosovo prêchant la rectification des frontières agit comme un politicien sans imagination de même que ces partisans. Le premier ministre albanais, lui aussi, qualifiant même les opposants de l’idée de Thaçi des ânes. Je n’utiliserais ce terme ni pour les opposants ni pour les partisans du Président Kosovar.

 

Original en français

La version albanaise – La marche de Šešelj vers Préshevo a été lu plus que 130.000

Zhurnal Klara Buda parashikon marshimin e Sheshelit drejt Presheves

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*Nous soulignons que ce n’est pas le cas pour l’ensemble de la région albanaise, qui comprend les vallées de Presevo, Medvedja et Bujanovac, et voici un autre piège ; pourquoi ne pas toute la partie albanaise du sud de la Serbie, mais seulement Presheva?

**L’Institut européen d’études de sécurité a publié une analyse dans laquelle il imagine ce genre de scénario, que cela pourrait arriver.

*** Notons au passage, qu’il y a eu une vague de meurtres politiques pendant et après la guerre du Kosovo, où le nom du Président Kosovar est mentionnée. Il y a eu aussi des accusations tout à fait l’invraisemblable-disent crtains- comme le rapport de Dick Marty. Il restent cependant toujours d’autres, des cas comme celui du journaliste Ali Uka. Après une dispute avec M. Haliti, un proche de Thaçi, ce journaliste de Tirana, a été brutalement défiguré avec une bouteille et un tournevis, et retrouvé mort en 1997. Son compagnon de chambre à l’époque n’était personne d’autre, que Hashim Thaçi. Report identifies Hashim Thaci as ‘big fish’ in organised crime, the Guardian, Janvier 2011.)