Anne Godard, lauréate du prix Décembre 2026 : une question sur “Nous aussi”, entre fiction et mémoire.

Certains événements ne deviennent intelligibles qu’après coup, lorsqu’on parvient à leur donner une forme et à établir des liens entre des souvenirs fragmentaires. L’écriture peut-elle alors nous faire découvrir quelque chose que nous ignorions encore de notre propre expérience ?

Klara Buda
Anne Godard, Grand Portrait de France Inter, 1 Octobre 2026.

Paris, le 27 octobre 2026 Restaurant Le Prunier, 16 e.

Entretien réalisé par Klara Buda à l’occasion de la remise du prix Décembre 2026 à Anne Godard pour son roman Nous aussi, publié chez Actes Sud.

Dqns cet entretien avec Anne Godard sur Nous aussim je m’interesse à l’écriture autobiographique et fiction, mais aussi Littérature, mémoire et expérience vécue; L’écriture comme forme de connaissance

Klara Buda : Quel est votre état d’esprit après ce prix ?

Anne Godard : Pour moi, une pensée pour des jurés que j’estime et que je connais, qui sont des gens qui promeuvent vraiment la littérature de manière très ouverte. Il y a parmi ces jurés certains qui me suivent depuis le début, alors que je publie un livre tous les vingt ans. Donc c’est… c’est un beau, un beau cadeau, vraiment, de leur part.

Klara Buda : Vous avez évoqué des éléments qui explorent un peu ce que vous avez vécu personnellement.

Anne Godard : Dans le roman ?

Klara Buda : Oui.

Anne Godard : C’est mon matériau. C’est mon matériau. Mais c’est de l’écriture, c’est de la forme, c’est de la composition.

Klara Buda : C’est totalement de la fiction ?

Anne Godard : Non, c’est un matériau autobiographique, mais c’est un travail de construction. C’est ça qui m’importe, de composition, de recomposition, ce n’est pas de raconter ma vie.

Klara Buda : Est-ce que vous pensez qu’il y a eu des choses qui vous échappaient au moment où vous les avez vécues, pendant votre jeunesse, et que vous les avez reconstituées avec l’écriture ? Si l’écriture vous a permis de les comprendre rétrospectivement…

Anne Godard : Je ne peux pas vous répondre comme ça, excusez-moi.

Klara Buda : Je fais référence à la philosophie des… en fait, des éléments traumatiques dans la vie. Souvent, on ne les connaît pas quand ça arrive, on n’arrive pas à les définir quand ça arrive, à cause, parfois, du trauma. Et si on revient après et on essaye de mémoriser, c’est là qu’on identifie ce qui a été vraiment passé.

Donc vous ne pouvez pas dire que vous avez identifié ce que vous avez vécu avec un recul ? Est-ce que le travail de composition et de recomposition dont vous parlez vous a permis de découvrir quelque chose que vous ignoriez encore avant d’écrire ce roman *?

Anne Godard : Mais c’est pas ma… c’est pas ma manière de… enfin, je… Enfin, je vais pas vous parler de ma vie, c’est pas… Moi, je peux vous parler de la manière dont j’ai écrit ce livre, mais… mais c’est pas mon vocabulaire. Je parle pas de trauma et de je sais pas quoi, enfin… C’est une approche que vous avez qui est psychologique, mais… enfin, vous avez le droit d’avoir cette approche-là, mais moi, en tant qu’autrice, je… je… je vois pas comment vous répondre là-dessus.

Klara Buda : Et quelle est votre approche ? Vous insistez sur l’écriture comme travail de construction : est-ce pour vous uniquement une recherche formelle, ou aussi une manière de faire apparaître quelque chose qui n’était pas encore perceptible ?

Anne Godard : C’est celle de l’écriture. Je cherchais à écrire cette famille, ce qui se passe entre les enfants. Et c’est vraiment une proposition d’écriture. C’est ça qui m’intéresse et c’est de ça que je peux parler en tant qu’autrice. Mais tout ce qui est personnel, j’ai pas envie d’en parler.

Klara Buda : Évidemment, je ne vous demande pas de parler de votre personnel, mais vous avez fait appel à votre mémoire morcelée. Ma question porte sur le travail littéraire lui-même : est-ce que la recomposition de cette mémoire a fait émerger une compréhension nouvelle des relations entre les personnages ?

Anne Godard : [Passage difficilement intelligible.] Je sais pas vous répondre… Vous n’êtes pas sur le terrain de la littérature. Je peux pas vous répondre par rapport à ça. Désolée.

Klara Buda : Ben, je suis…

[Anne Godard s’éloigne. L’entretien prend fin.]

*Note au lecteur

En évoquant son travail de composition et de recomposition à partir d’un matériau autobiographique, Anne Godard a soulevé la question qui m’intéresse : certains événements ne deviennent intelligibles qu’après coup, lorsqu’on parvient à leur donner une forme et à établir des liens entre des souvenirs fragmentaires. L’écriture peut-elle alors nous faire découvrir quelque chose que nous ignorions encore de notre propre expérience ?

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